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SUBY ONE

Oeuvres d'artiste : SUBY ONE

Artiste Suby One Artiste: Suby One Artiste: Suby One

Artiste: Suby One
Technique : acrylique sur toile

Artiste: Suby One

Artiste: Suby One
Technique : acrylique sur toile

Artiste Suby One Artiste: Suby One Artiste: Suby One
Artiste: Suby One
Technique : acrylique sur toile
Artiste: Suby One
Technique : acrylique sur toile
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Technique : acrylique sur toile
Artiste: Suby One
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Technique : acrylique sur toile
Artiste: Suby One
Technique : acrylique sur toile
Artiste: Suby One
Technique : acrylique sur toile

 

Artiste : SUBY ONE

SUBY ONE

Suby naît à Mulhouse en 1979.
C'est au cours d'une adolescence passée à Vitry qu'il se découvre talent et intérêt pour le dessin et les arts plastiques. Lycéen avide d'adrénaline et peu à sa place dans le système scolaire, il se rapproche très vite du milieu du graffiti vandale et intègre successivement les collectifs DSP, D.77 et ALB.
Entouré d'une meute dont certains membres resteront jusqu'à nos jours des amis et collaborateurs proches Sezam, Brok, et Babs, avec qui, entre autres,  il participera à l'exposition commémorative des 20 ans des 3HC - History -, Suby passe le plus gros des années 90 aux côtés de Babs à enchaîner fresques clandestines et course-poursuites dans les métros parisiens.

De ces années de guérilla picturale livrée dans les entrailles de la ville, Suby gardera l'urgence, la violence impulsive d'un art avant tout conçu pour s'exprimer, coûte que coûte, en une poignée de minutes si nécessaire ; laisser sa marque sur le monde - que le monde le veuille ou non.


Fatigué de courir d'un souterrain à l'autre et ne retrouvant pas l'excitation du métro sur les murs de la ville, Suby se tourne vers la sculpture et le travail sur toile. Profondément marqué par le Colorfield new-yorkais des années 40, il transpose sur des toiles, à la fois épurées et riches d'une symbolique hautement singulière, ce besoin viscéral d'expression qui l'habite depuis l'époque de ses premières armes. Sur l'uniformité géométrique de fonds aux couleurs froides et urbaines, se mêlent bandes de couleurs éclatantes et paroles lacérées à même la toile, mantra toujours changeante qui recouvre l’œuvre sans la masquer.
Le résultat, aussi étrange que familier, interpelle – et ses interprétations divisent.

Certains y trouveront l'essence pure d'un graff poussé jusqu'aux dernières limites de l'abstraction ; d'autres pourront y voir autant de plaques d'électrophorèse où l'artiste aurait déposé, trait par trait, un ADN révélé par la peinture. D'autres encore verront dans la géométrie de l’œuvre un écran - medium d'expression désormais universel – sur lequel Suby afficherait des messages au monde en laissant à chacun le soin de les décrypter.


Difficile alors de ne pas regarder la toile comme un lieu d'opposition entre la perfection lisse et froide d'un monde vitrifié, noyé sous un flot d'information uniforme, déshumanisé ; et la volonté, le besoin de hurler, ne serait-ce qu'un mot, à travers les stigmates qui brisent la symétrie d'ensemble et font surgir l'humain au cœur de l’œuvre.
 Ces visions sont partiellement validées par l'artiste, lorsque qu'il affirme que chaque tableau représenterait une période de sa vie ; chaque trait, un moment, dont la couleur encoderait l'atmosphère. Là où une photographie restitue l'image d'un lieu et d'un instant donnés, les peintures de Suby brisent les limites de temps et d'espace pour condenser en un objet unique l'expérience d’intervalles de distances et de durées indéfinies.

Preuve que les contraires ne sont pas nécessairement incompatibles, son art recherche la simplicité tout en refusant l'évidence et incarne, dans un formalisme, tenant autant de la partition musicale que du cryptogramme informatique, l'impossible partage de la vie intérieure. Le besoin quasi autistique de dire, encore et encore, ses obsessions, ses espoirs, ses plaies – et qu'importe si nul ne sait entendre son non-langage.
Mais le travail de Suby ne s'arrête pas à ses toiles, et se prolonge dans une série de sculptures orbitant autour de la figure, à première vue familière, de l’œuf.

Là encore, le choix est dicté par un souhait de simplicité, d'universalité du symbole, image consacrée de la (re-)naissance à venir.  Et quoi de plus normal de la part d'un artiste dont la vie, de ses débuts de vandale parisien à la volée de jobs qui l’emmèneraient de l'Espagne à Singapour, de ses premiers graffs clandestins jusqu'à ses expérimentations actuelles, a toujours été de son propre aveu une suite continue de nouveaux départs et de recommencements.
Tout comme Suby se limite dans ses toiles à l'emploi de formes et de structures simples pour mieux y construire un message composite, c'est en se réappropriant l'immédiateté de l’œuf, vecteur symbolique perméant toutes les cultures, et en remodelant à l'extrême sa surface et son contenu, qu'il injecte au lieu commun une dimension nouvelle.
Tantôt guerriers, sombres et hostiles ; tantôt empreints d'une tendresse enfantine ; tantôt déjà brisés avant même d'avoir éclos, ses œufs laissent entrevoir un parcours où se lisent les traces de la froideur urbaine, des effondrements qui, tôt ou tard, s'abattent sur chaque vie, et d'un espoir qui, contre tout, ne se laisse pas éteindre.

Et toujours se retrouvent la violence brute, instinctive, musculaire d'un art spontané et vivant qui n'a pas oublié sa fonction première : celle d'exprimer ce qui, toujours, échappera aux mots.


BUILD & DESTROY

Dans sa nouvelle exposition intitulée Build & Destroy, Suby One prolonge son exploration des espaces aux frontières du graff vandale et de la peinture sur toile, en articulant son travail d'expérimentateur autour du thème duel de la construction et de la destruction.

Ceux déjà familiers de l'artiste et de son œuvre y sentiront immédiatement une continuité à la fois thématique et graphique avec ses précédentes réalisations. Dès la première seconde résonne en effet l'écho de thèmes chers à Suby : l'oscillation continuelle entre existence et disparition, entre construction et anéantissement ; la quête d'un impossible équilibre entre fixité et évolution. Ces thèmes, déjà bien présents dans son œuvre, deviennent ici explicitement le point central de sa réflexion, et trouvent une manifestation physique dans un usage nouveau que Suby fait de sa superposition d'écrits à même ses toiles.

Ces écrits, répétitions scarifiées de mots, tantôt communs, tantôt énigmatiques, qui habitent l’œuvre comme autant de stigmates, étaient jusqu'alors omniprésents sur ses toiles. Ici, leur permanence homogène se brise ; ils s'effacent, se résorbent, disparaissent dans la toile pour laisser place à des couleurs d'une tendresse froide.

Faut-il y voir un effacement de l'humain face à un monde de plus en plus mécanisé, numérisé, dématérialisé ? Ou, à l'inverse, une fusion synergique de l'homme et de son environnement, qu'il soit physique ou virtuel ?
À ces questions, chacun est libre de proposer sa réponse. Mais quoi qu'il en soit cette absence ne sera que transitoire.

Bien vite, les mots resurgissent. Changés, ils renaissent ; reprennent possession de l'espace et réaffirment la volonté de l'artiste d'ancrer l'humain, sous toutes ses formes, au centre de son œuvre. Un tel mouvement de balancier entre présence et absence, entre évanouissement et renaissance n'étonnera pas ceux qui connaissent Suby, dont l'attachement aux thèmes de la naissance, du devenir et des renaissances se lit aussi bien dans le titre de sa précédente exposition - Reborn - que dans la symbolique de l’œuf autour de laquelle s'articule son travail de sculpteur.

Rhizome, février 2014