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Artiste contemporain - Gabriel Garcia

Artiste  contemporain - Gabriel Garcia

Peinture en tension

Miguel Matos

« Quand on se regarde dans un miroir, ce que l'on voit réfléchit, c'est l'image de l'être narcissique qui est en nous, mais pas du vampire qui nous habite: celui-ci s'échappe, mais s'échappe comme un voyageur nomade (...). Le vampire que nous sommes rend possible l'image de l'être narcissique que nous voyons: mais le vampire, c'est ce qui ne peut pas être contemplé, puisque le miroir ne reproduit pas l'image du vampire. Dracula contre Narcisse. Dracula contre Œdipe.

Quand on regarde son reflet, on cherche à comprendre ce que les autres voient en nous. Et cela ne sera pas nécessairement ce qu'on est. Ce qu'on est peut être obscure comme multiple. Le miroir nous donne l'identité « officielle ». Toutefois, il existe ce que nous sommes au miroir et ce que le miroir nous retourne. Une chose n'est pas nécessairement l'autre puisque ce que l'on ressent est déformé et notre propre image est déformable. Alors ou est la vérité ? Tout et rien. Le bien et le mal, la lumière et les ténèbres. L'image et son miroir. Les contraires qui sont la même chose. Tout est vérité même ce qui est mensonge et rêve.

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Gabriel Garcia explore dans cette série de peintures la thématique de la double personnalité, explorée de forme célèbre avec le roman gothique » l'étrange cas du Dr. Jekyll et Mr. Hyde », de l'auteur écossais Robert Louis Stevenson et publié à l'origine en 1886. La peinture de Gabriel Garcia est aussi une peinture de dualité, et parfois de multiples personnalités. Une peinture en devenir, subtile et toujours en interrogation. Interrogation de soi et de son auteur. Au delà de la question figuration/abstraction, il y a dans la production de l'auteur un ensemble de conflits apparemment inconciliables qui donnent à sa peinture une tension particulière. Chaque travail est le résultat d'un jeu presque théâtral. D'un coté, Gabriel met en scène chaque image comme si on traitait d'une estrade ( et ici, il y a peut être une influence de Francis Bacon) et d' un autre coté, ses personnages ne sont pas exactement performatifs. Elles racontent des histoires en séquences incomplètes, en état second de lourdes terreurs émotionnelles. Accrochant l'observateur au centre d'un événement qui glace. Arrêtées dans le déroulement d'un comportement pas toujours évident. Le spectateur est laissé dans le doute et doutant il crée sa propre histoire. Comme si dans les peintures de Gabriel Garcia, les personnages qui y vivent, spécialement dans cette série, vivent dans un conflit intérieur.

Ayant accompagné de près la peinture de Gabriel Garcia ces dernières années,  je vois que ce thème
représenté par ces fragments de peinture d'une histoire qui ne se dévoile pas, sont paradigmatiques de la phase ou l'auteur se situe. Un certain mal être, comme l'état de la peinture et en même temps une passion par elle même. Dans ce scénario, Gabriel se laisse guider par son intuition et même s'il tente, il n'arrive pas à établir un plan ou un programme de production artistique qui fuit à son instinct. Il est comme le personnage voilé d'un de ses dessins. Confiant ou non, avec ou sans peur, Gabriel se laisse emporter par les images et récits qui explosent de ses rêves et de ses cauchemars. Dans cette série, le peintre assume le rôle d'un metteur en scène. Les personnages qui habitent ces tableaux apparaissent dirigées par leurs émotions quelque soit l'élément extérieur. Elles exposent leur mal être de manière forcée, ce qui contribue à l'artifice et à la théâtralité exagérées de leurs expressions. Il y a également une espèce d' arrêt dans le temps, on peut parler de clichés. Les personnages apparaissent comme en position statique pour être photographiés. Tout est bizarre et artificiel. Les expressions de chaque personnage sont entre la révolte et la soumission. Entre une résignation et une révolte imminente. Une négation de la situation dans laquelle ils se trouvent. Ce sont des toiles en implosion et explosion, de forme contrôlée mais imprévu. Fruit du conflit de ce que nous sommes et de se que nous pouvons être.

Ces personnages dans ces scènes mal illuminées sont prisonniers de leurs fantômes et agissent en conformité avec leurs limites ressenties. Enchaînés, ils agissent à l'encontre de leur volonté. Entre une solitude Hopperienne et une narration étrangement familière à Paula Rego, Gabriel entre dans cette série dans des zones profondément psychologiques, abandonnant par moment la veine surréaliste pop qui caractérise ses dernières expositions. Malgré une carrière solide et construite sur un rythme lent, Gabriel Garcia nous fait deviner un moment charnière. Dans quelle direction ? On nous montre pas de pistes solides. Et c'est ce qui est bien.